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Dossiers  |  Temps et Pouvoir à Lisbonne
Temps et Pouvoir à Lisbonne
Fernando Correia de Oliveira
Temps et Pouvoir à Lisbonne

Temps et Pouvoir à Lisbonne




Le temps est une des marques du pouvoir et celui qui détient le pouvoir veut marquer son temps. Durant l’Histoire, cela a toujours été ainsi et le Portugal  ne fait pas exception à cette règle.
Plus le pouvoir s’est trouvé concentré - qu’il soit religieux ou civil - plus il s’est trouvé lié au temps au travers de marqueurs symboliques qui régulaient les années , les jours et les heures de la communauté, les rythmes de travail, de prière, et de loisir.

Lisboa, reconquise aux Maures en 1147 devient capitale du Royaume en 1256 et à partir de cette date, le Roi et la Reine vivant à Lisbonne, le temps et donc sa mesure prirent une grande importance de ce côté du Tage.
Quand on parle de mesure du temps, on se réfère à cette époque à l’horlogerie en fer ou “grossière”, de mécanismes lourds utilisant des cordes enroulées et des poids suspendus comme force motrice, d’où l’expression encore utilisée aujourd’hui de “donner la corde à l’horloge”.

Ces mécanismes encastrés dans des armatures en fer (d’où l’expression « horloge de cage » (« relogio de gaiola » ndlr), étaient montés sans utilisation de vis pour leur fixation. Une sorte de scie dont les dents sautaient de manière plus ou moins rythmée dans une règle qui se déplaçait latéralement de gauche à droite permettait avant tout de sonner les principaux moments de la journée et non de marquer les heures.

On ne sait pas de manière précise quand ont été introduites les Horloges mécaniques au Portugal, mais elles ont probablement fait leur apparition lors de la Reconquête du pays par les ordres religieux.
Toujours est-il qu’en 1377, la cathédrale de Sé avait sa tour de l’horloge qui sonnait les heures et qui fut financée à part égale par le Roi D. Fernando par l’Eglise et par les bourgeois de la Ville. Ce sera la première Horloge mécanique de la capitale, réalisé et maintenu par un certain Maitre Jean, Français et symboliquement érigé par les trois pouvoirs présents : La Noblesse, le Clergé et le peuple.

Comme il était normal à cette époque, cette horloge sans cadran, servait à sonner les heures et non à les montrer. Elle régulait la vie religieuse de la ville, servait à prévenir de l’heure de retour au foyer, ou encore de signal de fermeture (encore appelé le Carillon de recueil) des portes des quartiers où vivaient les minorités (juifs, maures, etc…)

A cette époque, quand on faisait l’acquisition d’une telle horloge, on contractait à vie l’horloger qui l’avait faite ou l’un de ses apprentis payés en argent mais également en huile qui servait à réaliser la maintenance du mécanisme.
Avec D. Manuel I et la construction du Paço da Ribeira das Naus, la mesure du temps à Lisbonne est devenue une réalité et la fonction d’horloger du Paço faisait partie de la liste des fonctionnaires de la ville.  Le temps devint chaque fois moins sacré et un peu plus profane.

La première gravure de cette horloge du Paço datant de 1520, montre une aiguille qui servait seulement à indiquer approximativement le temps, les mécanismes de l’époque étant très imprécis.

Avec l’or ramené du Brésil, D.João V a ordonné la restauration du Paço da Ribeira et a commandé une Tour avec une horloge à l’architecte italien Canevari. L’édifice est devenu rapidement célèbre aussi bien à Lisbonne que dans tout le pays pour l’opulence de ses formes, et la qualité du mécanisme de l’horloge (probablement d’origine Flamande, comme les deux extraordinaires exemplaires que le Roi avait commandé pour le Couvent de Mafra). Les voyageurs venus de toute l’Europe rapportaient la splendeur baroque de cette tour.

Mais le tremblement de terre de 1755 a fait disparaître une partie de Lisbonne, dont la tour de Canevari et ce qui reste de cette période est un tableau aujourd’hui au Musée de l’Azulejo où l’on peut voir le Paço et l’éphémère tour.

La reconstruction de la capitale, sous la direction de Pombal, prévoyait une place d’une grande splendeur à la place du Paço et le projet de Carlos Madel incluait un arc triomphal avec une horloge. Ce beau projet ne vit pas le jour et le Terreiro do Paço actuel, bien différent du projet initial, dura prés d’un siècle à être réalisé.

Quant à l’Arc de la Rua Augusta, tel que nous le voyons aujourd’hui, il recevra à la fin du 19ème siècle un mécanisme venu du Couvent de Jesus qui « n’était pas préparé pour indiquer les heures du côté de la rue » selon un rapport de l’époque. L’horloge était seuleument conçue pour sonner les heures.

C’est Augusto Justiniano de Araújo, fondateur de l’Ecole d’horlogerie de la Casa Pia de Lisbonne, qui l’a adaptée en remplaçant le système ancien par un plus récent afin que l’horloge puisse sonner et montrer les heures aux lisboètes. Ce fut chose faite le 4 de Décembre 1883.

Plusieurs péripéties , pannes et autres aléas ont nécessité au 20ème siècle le remplacement de l’horloge par un mécanisme réalisé par Manuel Francisco Cousinha, l’un des grands fabricants nationaux d’horloges de grande dimension. L’horloge, mal entretenue, ne fonctionnait plus depuis plusieurs années.

La société horlogère suisse Jaeger-LeCoultre a financé la restauration et la maintenance de l’horloge de l’Arc de la rua Augusta dont le travail a été confié à l’un des petit-fils de Cousinha.

Lieu des Ministères publics, symbole du centralisme et du pouvoir, le Paço lisboète possède à nouveau une horloge qui marque le temps des habitants de Lisbonne.



Fernando Correia de Oliveira - Jornalista e investigador do Tempo, da Relojoaria e das Mentalidades

Avec l’aimable autorisation de la société Torres distribuição


  
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